Télécharger ce document au format : Open
Office - PDF - Word
La science économique évolue, et nos enseignements … ?
Modeste observateur des évolutions récentes de la
science économique, il me paraît aujourd’hui
nécessaire d’échanger, à la fois sur
les différents champs de ces évolutions et sur les
conséquences induites sur nos pratiques pédagogiques.
Une critique qui est régulièrement apportée
aux sciences économiques est sans nul doute sa mathématisation
excessive, qui se manifeste au travers de modèles dont les
vertus opératoires défaillent – c’est
le moins que l’on puisse dire - devant les réalités
mouvantes qui nous entourent.
Il n’est, cependant, nullement nécessaire de crier
haro sur la modélisation. C’est au contraire un outil
particulièrement fécond et rigoureux. Mais, pour
autant intellectuellement pertinent qu’il soit, il n’en
reste pas moins un outil et non une finalité.
Je ne suis en rien un spécialiste, mais il reste à la
portée de beaucoup de montrer les limites – quelques
fois fort dangereuses – que peuvent montrer certains modèles érigés
en vérités intangibles.
Par ailleurs, certains émettent en effet l’idée
que l’enseignement des sciences économiques reste
trop focalisé sur l’éveil à des théories
certes fondamentales - à l’instar de la controverse
entre les libéraux et les keynésiens - mais qui commencent à dater
(La « théorie générale … » a été écrite à la
lumière, aujourd’hui vacillante, de la crise de 1929 !).
Loin de moi de nier le caractère éminemment prédictif
et pédagogique de ces théories qui reprennent d’ailleurs
quelques vigueurs, à la faveur de la crise mondiale que
nous connaissons.
Mais l’émergence de nouveaux champs de recherche mériterait
sans doute que nous leurs consacrions plus qu’un strapontin
dans nos enseignements. Le foisonnement intellectuel est aujourd’hui
tel qu’il me paraît nécessaire d’en rendre
compte à nos élèves ou étudiants.
Je vais m’efforcer de vous faire part de quelques-unes de
ces évolutions
Ces observations, pour autant qu’elles soient partagées,
devraient nous conduire à privilégier des pratiques
plus multidisciplinaires dans nos approches pédagogiques.
C’est le but que je poursuis au travers de cette brève
synthèse que je vous propose. Il me reste à être
convaincant !
I - Mathématiques et modélisation
Il est de bon ton de prouver que la science économique
serait différente des autres sciences humaines et sociales,
parce qu'elle peut être mise sous forme mathématique.
Indubitablement cela peut conduire à de dangereuses conclusions
si l’on ne considère pas d’un œil critique
les axiomes qui sous-tendent les démonstrations.
Prenons pour exemple la théorie sur la formation des prix.
Le premier a l’avoir formalisé est Leon Walras, qui était à la
recherche de justes prix d’équilibre qui respectent
les droits de chacun des acteurs. Pour ce faire Walras crée
une organisation du marché basée sur les hypothèses
connues de la concurrence pure et parfaite
Grâce aux travaux préalable de John Nash, la modélisation
mathématique de cet équilibre, étendu à tous
les marchés, fut menée à bien par Kenneth
Arrow et Gérard Debreu, récompensés tous deux
par un « prix Nobel ».
Toutefois, la réalisation de ce modèle, nécessite
une économie très centralisée, et la présence
d’un organisateur tout puissant du marché, qui fait
varier les prix et organise les échanges. Cette puissance
exogène est indispensable à la démonstration
de ce qui est considéré comme le principal résultat
de la théorie économique : il existe un système
de prix qui, à ces prix, égalise l'offre et la demande.
La démonstration de ce « théorème
d'existence » - reste une prouesse mathématique
qui démontre que des marchés sans entraves aboutissent
toujours à une situation où les choix des divers
intervenants sont compatibles, réalisables, et atteignent
un optimum.
Néanmoins, il n’est nul besoin d’être
un mathématicien de renon pour se rendre compte que la construction
de ce modèle nécessite la réalisation conjointe
de conditions contradictoires : Le marché doit être
parfait au sens de l’école de Lausanne, mais néanmoins
manipulé par une organisation exogène, toute puissante,
véritable démiurge du modèle, dont la mission
est la recherche itérative (en « criant » les
prix !) du prix d’équilibre.
Le paradoxe réside dans le fait que cette économie
centralisée ne peut se réaliser concrètement
que dans des systèmes de type stalinien !… Ce
n’était probablement pas les hypothèses environnementales
sur lesquelles Arrow et Debreu ont bâti leur théorème. !
Ainsi la recherche « à tout prix » de
la modélisation mathématique implique le plus souvent
une distorsion, qui confère à l’absurde, des
réalités économiques vécues, afin de
conférer un caractère « scientifique » à la
démonstration, sans que les observateurs peu avertis puissent
réellement déceler ces vices cachés dans les
fondations de ces brillants édifices intellectuels.
Toutefois, il convient de nuancer cette opinion par trop critique.
La modélisation, pour se rapprocher le plus d’une
pertinence prédictive, nécessite une réflexion
approfondie et rigoureuse sur les hypothèses économiques
sous-jacentes aux équations proposées. De plus, les
variables explicatives doivent être nombreuses et adaptées
aux situations concrètes observées.
C’est donc plus ce travail préparatoire qui fait la
valeur de la modélisation que la réalisation mathématique
du modèle basé sur des rationalités dont Herbert
Simon a montré, en son temps, le caractère très
limité !
Pour illustrer ce propos, revenons un instant à la théorie
des jeux, véritable base de la microéconomie moderne,
telle qu’elle nous a été proposée originellement
par Oskar Morgenstern et John Von Neumann. Nul doute que nous voilà en
présence d’une construction intellectuelle purement
mathématique. Pourtant les applications induites de cette
théorie s’étendent à l’économie
(l’organisation des enchères pour attribuer un marché public,
par exemple), à la finance, bien sur, mais aussi à la
géopolitique (la dissuasion nucléaire, notamment)
et, de manière générale, aux choix stratégiques.
Le français Jean Tirole, l’un de nos rares économistes « nobélisable » (avec
Olivier Blanchard, Chef économiste au FMI) a consacré de
nombreuses années à montrer et démontrer les
différentes utilisations de cette théorie particulièrement
féconde.
La modélisation n’est donc par forcement condamnée à l’impuissance !
Néanmoins cette mathématisation quelque peu systématique
de notre discipline a été largement dénoncée
par de grands économistes nobélisés. Citons
pêle-mêle, Wassily Leontief, John Hicks, Paul
Samuelson, Robert Solow, Joseph Stiglitz, et même Maurice
Allais, dont on ne peut contester les capacités en mathématiques,
lui qui est sorti major de l’école Polytechnique !
Finalement la critique majeure de la modélisation mathématique
en économie repose sur le fait que les séries statistiques
qui « alimentent » les modèles sont,
par définition « ex ante ». Comment
imaginer un modèle prédictif qui, paré des
vertus de la science, viendrait, dans ce monde mouvant, nous dire
l’avenir en fonction du passé ?
Cela me fait songer aux stupides droites de tendance qui hantent
encore les référentiels de nos BTS, et le sommeil
de nos étudiants ! Lesquelles droites ont été abandonnées,
comme outils prédictifs, depuis la fin des plans quinquennaux
de l’ex URSS !
C’est la raison pour laquelle, nombre de chercheurs en économie,
et plus largement en sciences sociales, depuis une vingtaine d’années, évoluent
vers des visions plus humanistes, éthiques, concrètes
et font, pour ce faire, appel à des techniques de plus en
plus multidisciplinaires
Ce sont ces nouveaux champs, que je vais m’efforcer de défricher
maintenant.
II - Une science de plus en plus « humaine »
Si je puis dire, le vers de la multidisciplinarité ronge
le fruit de la science économique depuis fort longtemps !
2.1 - Chronique de la mort annoncée de l’homme économique
A l’origine l’économie est au service du politique.
S’attachant à des problèmes concrets :
tels que la l’allocation optimale des ressources, la répartition,
la fiscalité etc … Le « Prince » de
Machiavel fait de ainsi de’ « l’économique » un
outil de pouvoir et de domination.
Le passage de l’économie politique à la science économique
va ainsi se faire en se dépouillant de toute considération
morale. Autant l’économie politique est-elle empreinte
de morale (réduction des inégalités par exemple),
autant la science économique est par définition amorale.
Jean Baptiste Say est le premier à procéder à cette
redéfinition. "Vous n'appelez utile que ce qui
l'est aux yeux de la raison, tandis qu'il faut entendre par ce
mot tout ce qui est propre à satisfaire les besoins, les
désirs de l'homme tel qu'il est. Or, sa vanité et
ses passions font quelquefois naître en lui des besoins aussi
impérieux que la faim." Pour le moins cette
définition revendique une indifférence de l'économie
toute forme de considération morale !
Ceci étant posé, les néo-classiques vont
porter sur les fonds baptismaux de cette nouvelle science cet être
froid et égoïste et imperturbablement rationnel que
l’on affublera du doux nom d’ « homo œconomicus »
Par bonheur, aussitôt crée le voilà mort-né !
Bâti sur des fondamentaux trop irréalistes il fait
frémir les humanistes. Même les mathématiciens
avaient déjà anticipé son impossible existence !
Ainsi Nicolas Bernoulli (1695-1726) avait déjà développé l'idée
connue sous le nom de « paradoxe de Saint-Pétersbourg » que
le choix rationnel d'un individu n'est pas forcément celui
qui offre la plus forte espérance de gain.
Plus récemment, dans les années 1950, de nombreux
théoriciens, à l’instar de Herbert Simon et
du Français Maurice Allais, avaient eux aussi remis en question
la représentation rationnelle de la prise de décision
en situation d'incertitude. Ils mettaient en évidence diverses
situations dans lesquelles les agents économiques ne faisaient
pas des choix cohérents seulement dictés par un calcul
entre des probabilités et des niveaux d'utilité.
Pour contrer cette difficulté fondamentale liée à l’irrationalité des
choix, nos modélisateurs vont inventer des modèles
non linéaires, mais itératifs « en boucle ».
De nombreuses itérations sont nécessaires, au vu
de la faible capacité cognitive des hommes, de leur irrationalité,
et de la complexité des problèmes de décision,
avant qu'un terme puisse être apporté au processus. Bien
plus, chacune des phases engendre des sous-problèmes qui, à leur
tour, appellent des phases de conception, de sélection de
données renouvelées … et de nouvelles boucles
itératives. Herbert Simon parle alors « d’engrenages
d’engrenages » !
Bref, mettre l’homme, fut-il économique, en équations
reste une gageure !
Devant cette impasse explorons donc d’autres pistes :
2.2 L’économie publique
L’une d’entre elle pourrait facilement intéresser
nos étudiants. Il s’agit d’un domaine assez
connexe de nos enseignements traditionnels : L’économie
publique
L'économie publique est la branche de la science économique
qui étudie les justifications et les effets de l'intervention
de l'État dans l'économie. A l’inverse de l’Economie
Politique, elle reste une branche de la microéconomie. Elle
est née dans les années 50 en s’éloignant
de la finance publique. L'économie publique traite de la
définition même du rôle de l'État :
comment définir ses objectifs, quelles sont les justifications
de son intervention dans l'économie ? Elle analyse également
les instruments de cette intervention et leurs effets sur l'économie.
Ces effets s’apprécient autours de deux grands axes
que sont l’efficacité et la redistribution.
Sans rentrer dans les détails, les problèmes sous-jacents à ces
ambitions sont relatifs à la définition du bien-être
collectif, de la pertinence des choix collectifs (En particulier
en discutant la pertinence du « théorème
d’impossibilité » d’Arrow) et plus
récemment des problèmes d’équité,
développés depuis la notoriété des
travaux d’Amartya Sen.
On voit ici l’ensemble des champs des sciences humaines
- économie, bien sur, mais aussi sociologie, psychologie,
philosophie, histoire - qui vont interférer pour s’efforcer
d’apporter une réponse équilibrée à ces
problématiques fondamentales.
Prenons un exemple qui fait débat dans l’actualité.
Est-il opportun de mettre en place un bouclier fiscal qui
interdise à l’état de percevoir plus de 50
% de taxe sur les revenus d’un contribuable en France ?
Si l’on s’efforce de répondre d’une façon
non dogmatique (Encore que notre « histoire personnelle » va
introduire des biais cognitifs à notre propre perception),
cette opportunité dépend du prisme que l’on
utilise et de la grosseur de la loupe sociale avec laquelle on
examine le concept
On peut convenir de l’opportunité d’une telle
mesure si l’on prend le point de vue d’une justice
personnelle (Il n’est pas normal que je travaille plus de
6 mois par an pour l’état !), éventuellement
si l’on chausse des lunettes économiques : Arthur
Laffer disait « trop d’impôt tue l’impôt »,
ou plus d’impôt c’est décourager le travail,
donc la création de richesse, ou encore cela favorise l’évasion
de gros contribuables vers l’étranger.
Avec la longue-vue rawlsienne on peut dire - selon le 2e principe
de justice - que cette inégalité est socialement
acceptable à partir du moment ou elle ne détériore
pas la situation de l’individu le moins doté de la
société. Ou bien, qu’elle est spatio-temporellement
justifiée dans la mesure ou nos partenaires – et concurrents – l’appliquent également à l’instar
de l’Allemagne ou de l’Espagne.
Par contre il est également aisée de démontrer
qu’elle est socialement inacceptable car elle augmente le
bien-être de quelques-uns au détriment de tous (Vision
de la justice sociale développée par Marc Fleurbaye
ou Nancy Fraser), qu’elle peut être politiquement dangereuse
car perçue comme totalement injuste par la plus grande partie
des électeurs, voire économiquement inefficace car
on sait précisément ce que cette mesure coûte
(480 millions d’euros) et, par contre,nul n’a encore
fait la démonstration de ce qu’elle rapporte …
On voit bien au travers de cet exemple combien la multidisciplinarité est
féconde pour développer l’esprit
critique et le sens de la mesure … Et, accessoirement, pour
réconcilier efficacité économique et équité sociale !
2.3 – L’économie expérimentale
Un autre champ utilement pédagogique réside dans l’économie
expérimentale
Si la modélisation s’appuie généralement
sur des axiomes « ex ante », l’économie
expérimentale en mesure les effets « ex post »,
les deux étant d’ailleurs plus complémentaires
qu’antagonistes !
Il s’agit en effet de tester « in vivo » des
décisions économiques sur un petit échantillon
d’individus avant de généraliser la mesure à la
société entière. Voici quelques mois, Martin
Hirsh a utilisé cette méthode pour apprécier
l’efficacité du RSA.
La première expérimentation célèbre
a été diligentée par Vernon Smith (Nobel 2002). En
situation réelle, ce dernier organise un marché en
répartissant les participants, de manière aléatoire,
entre acheteurs et offreurs d'un seul et même bien (chaque
vendeur disposant d'une seule unité du bien). Le mécanisme
d'interaction entre les participants est celui d'une enchère
où chacun peut soumettre, au moment qu'il choisit, une offre
indiquant un prix ; cette offre publique d'un acheteur (ou
d'un vendeur) doit être cependant supérieure (ou inférieure
si elle provient d'un vendeur) à l'offre précédente
déclarée sur le marché. Chaque acheteur (ou
vendeur) peut à tout moment répondre à l'offre
d'un vendeur (ou acheteur) en dénouant une transaction.
Cette expérimentation fait nettement ressortir une convergence
réelle et rapide vers le prix d'équilibre théorique.
La preuve était ainsi faite que de la confrontation de
nombreux comportements individuels, même en situation d’asymétries
d’informations, résulte une issue stable et préférable
pour tous, donnant une justification expérimentale à la « main
invisible » d'Adam Smith, qui guiderait les agents économiques
isolés vers un état de l'économie collectivement
souhaitable.
Aujourd’hui l’économie expérimentale
déferle sur les campus. Tout particulièrement celui
de l’Ecole de Chicago (La nouvelle, pas celle de Milton Friedman !)
ou un jeune professeur - John List - est en train de se bâtir
une réputation mondiale par ses travaux sur ce thème.
Dotée également d’une réputation mondiale
- sauf en France - Esther Duflo (Jeune prodige française
directrice d’un laboratoire du MIT sur la pauvreté,
et reçue Professeur au Collège de France à 36
ans !) lors de sa leçon inaugurale, le 8 janvier 2009, démontre
les bienfaits de l’économie expérimentale en
faisant part de ses expérimentations « sur site » :
Testant ici l’impact économique du micro-crédit
au Mexique, là ceux de la parité hommes-femmes au
Bengale ou les vertus de la scolarisation secondaire sur les adolescents
du Ghana …
On rêve, dans une vision uchronique de l’histoire,
de ce qu’il serait advenu de ce monde tourmenté si
les conseillers des princes qui nous gouvernent avaient adopté l’attitude
de doute authentiquement scientifique qui anime John List ou Esther
Duflo …
2.4 – L’économie comportementale
Enfin, comment passer aujourd’hui sous silence les infinis
développements possibles de l’Economie comportementale ?
Coup de tonnerre en 2002, le « prix Nobel » d’économie
est attribué à … un non économiste ! En
attribuant la récompense suprême à un psychologue
- Daniel Kahneman - l'académie royale des sciences de Suède
confirmait une tendance, amorcée avec la distinction d'Amartya
Sen en 1997 : récompenser des travaux interdisciplinaires
qui rapprochent l'économie des sciences sociales et qui,
de surcroît, s'éloignent du paradigme traditionnel
hérité de la théorie néo-classique
(marchés parfaits, rationalité parfaite des agents,
etc.).
Le travail de Daniel Kahneman, en collaboration avec un économiste -
Amos Tversky - a contribué à bâtir un
pont entre la science économique et la psychologie dite
cognitive qui étudie les critères par lesquels chaque
individu prend des décisions qui tiennent compte de son
environnement. Bien sur, l'agent économique décide
le plus souvent en fonction des incitations monétaires qu'il
reçoit, mais il est aussi sûrement influencé par
des motivations subjectives, et par ses émotions incontrolables.
En introduisant les notions de risque et d’irrationalité à tous
les niveaux de décision concrète (choix financiers,
assurances, investissements …), Daniel Kahneman enrichit
et humanise la conception rationnelle et égoïste d'un homo œconomicus toujours
en quête de l'optimisation de sa satisfaction.
Pour donner un exemple plus concret, Kahneman observe, que pour
décider, l'homme accorde plus de poids, à montant égal,
aux pertes qu'aux gains, et qu'il est prêt à prendre
beaucoup de risques pour éviter une perte dès lors
qu'elle est un tant soit peu probable. Ainsi, une large majorité d’individus
préfèrent un gain certain de 3 000 euros à une
loterie qui offre, avec une probabilité de 75 % contre
rien, la chance de gagner 5 000 euros.
Il est aisé alors d’explorer les champs infinis de
notre irrationalité. Des travaux antérieurs ont été entrepris
depuis de nombreuses années par les sciences de gestion,
en particulier dans le domaine du marketing cognitif.
Mais, pour rester dans le domaine économique, qui demeure
notre principal propos, cette nouvelle grille de lecture peut être
d’un réel intérêt, par exemple, dans
nos commentaires sur les transactions sur les marchés financiers
(c'est le cas des fortes fluctuations sans cause évidente
des marchés d'actions). De fait, les développements
récents de la « finance comportementale » ou
de la « neurofinance » expliquent largement
les mimétismes destructeurs constatés sur les marchés
lors de cette crise financière.
Et notre douce France ?
Enfin, plaidons pour un enseignement également orienté vers
les pôles d’excellence français en science économique.
A l’origine moins connue que l’Ecole d’Economie
de Paris et ses 200 chercheurs, les travaux de l’Ecole d’Economie
de Toulouse accèdent aujourd’hui à une réelle
reconnaissance mondiale. Notre pays le doit certainement à la
pugnacité et à l’aura de son équipe
de direction : Parmi eux, Jean Tirole et Jean-Jacques Laffont
sont mondialement reconnus.
Qui, parmi nous, sait que, selon le site EconPhD qui
classe les universités afin d'aider les étudiants à choisir
leur Doctorat, le pôle « Toulouse sciences économiques » est
classé 2e mondial dans la recherche en économie industrielle,
mais 1e mondial en théorie des incitations, 1e européen
en économie de l'entreprise, en économie de l'environnement
ainsi qu'en économie publique et politique ? Il n’est
donc guère étonnant que, attirés par un tel
classement, près des ¾ des doctorants soient étrangers !
En ces temps de doute sur la pertinence et l’efficacité de
notre recherche voilà quelques motifs de nous réjouir
et d’enrichir nos enseignements …
Ne ratons pas cette occasion !
Didier Coccolo
Professeur en classe préparatoire ENS Cachan au lycée
Jean Perrin à Marseille.
|