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Par Didier Coccolo, professeur agrégé en économie
et gestion au lycée Saint Exupéry à Marseille
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Cette créature narcissique, fragile, doutant d’elle-même,
mais redoutablement adaptable et centrée sur ses propres
intérêts est-elle la caricature de l’homme hyper
moderne ?
Schématiquement, la notion d’hyper modernité
apparaît avec le nouveau millénaire. Mais quelle signification
faut-il donner à cette notion complexe ?
Ce concept est trop souvent utilisé sans que l’on prenne
la peine d’en véritablement définir le sens.
C’est sans doute la conséquence d’une civilisation
hyper moderne qui privilégie la caricature au détriment
de la précision. Soyons donc très traditionnel en
tentant de mieux cerner ce concept passablement galvaudé
!
Pour ce faire nous tenterons de définir l’individu
comme composant d’une société.
Nous montrerons ensuite que la société n’a cessé
d’évoluer depuis la tradition la plus immuable, puis
l’avènement de la civilisation moderne pour évoluer
enfin vers l’hypermodernité. Impossible, en effet,
de passer par perte et profit nos racines et notre histoire car
elles constituent les fondements même de ce concept.
1 – L’individu comme base de la société
Un individu se définit autour de 4 grands univers :
Ø L’univers psycho-familial
: Impact de l’histoire de la famille, transmission des valeurs
intergénérationnelles etc …
Ø L’univers des groupes d’appartenance,
c'est-à-dire tous les « groupes » dans lesquels
nous avons vécus : Famille élargie, école,
groupes de jeunes, associations, clubs sportifs ….
Ø L’univers sociétal
concerne l’impact que la société elle-même
peut avoir sur le façonnement de la personnalité :
Avoir 20 ans en 1960 engendre des référents profondément
différents qu’avoir 20 ans en 2005 !
Ø Enfin les racines religieuses influent
sur nos systèmes de valeurs les plus enfouies au tréfonds
de notre personnalité. Ainsi, en France, nos racines judéo-chrétiennes
catholiques basées essentiellement sur la notion de culpabilité
engendreront-elles des comportements sociaux très différents
des civilisations anglo-saxonnes basées, quant à elle,
sur la notion de récompense : Si tu t’enrichie, c’est
que Dieu reconnaît ta valeur !
Ainsi, la personnalité de chaque individu est-elle bâtie
beaucoup plus par l’acquis, que par l’inné (Qui
ne concerne finalement que le patrimoine génétique,
et l’instinct de survie !).
La réunion de tous ces individus – forcement différent
les uns des autres – constitue une société qui
va elle-même se structurer autour de différents fondements
:
• Des mythes : Récits, légendes, allégories,
héros, mais aussi divinités
• Des idéaux vont résulter de ces mythes :
Croyances en la prééminence de l’homme ou de
Dieu. Avec l’émergence d’interdits absolus (Par
exemple dans nos civilisations judéo-chrétiennes :
L’inceste avec la Mère et le meurtre du Père)
• Les idéologies seront les « traductions »
sociétales des idéaux. Ainsi l’idéologie
communiste est-elle basée sur la négation du divin,
sur l’axiome que l’homme ne sera sauvé que par
l’homme ainsi que sur la prééminence de la collectivité
sur l’individu.
• Les idéologies engendreront elles-mêmes des
institutions structurées par des règles et des normes
qui vont créer ce que l’on appelle le lien social qui
permettra à l’individu de survivre et d’évoluer
dans un contexte organisé,
Ainsi la société hyper moderne n’est elle que
la conséquence d’une évolution historique qui
prend ses racines dans notre plus lointain passé.
2 – Les sociétés traditionnelles
:
Elles se définissent par une organisation sociale et des
systèmes de valeurs très caractéristiques :
Ø Logique de conquête basée
sur la notion de rareté : Richesses, femmes …
Ø Dans les organisations sociales
les plus anciennes, non sédentaires, le pouvoir dans la «
horde » est dévolu au plus fort. Il est instable.
Ø Importance de la communauté,
qui prime absolument sur l’individu. L’individu n’est
pas libre, il ne se détermine pas lui-même : La naissance
donne le statut social. De même l’ensemble des règles
communautaires s’appliquent à tous. En échange
de sa liberté perdu l’individu trouve sa sécurité.
Ø Le Religieux est surdominant. Cela
permet d’asseoir le pouvoir du Prince comme immanent (C’est
le représentant de Dieu sur terre). L’ordre est donc
vécu comme un ordre « naturel ». De plus la religion
permet à la fois d’accéder à la connaissance
(L’homme sait enfin pourquoi il est sur terre : Il fait parti
d’un vaste dessein divin) et d’interdire la connaissance
(Seuls les initiés peuvent intercéder avec le divin)
Ø Les rites ponctuent et structurent
fortement la société. Religion et valeurs sociales
se confondent : Le mariage est, par exemple, à la fois rite
religieux et ciment social.
3 – La « Modernité »
On en distingue les prémices dès lors que se développe
la société marchande (République des Doges
de Venise …), mais, symboliquement, le début de la
société moderne est datée par la déclaration
des droits de l’homme et du citoyen (1789) qui abandonne les
anciens paradigmes basés sur le pouvoir immanent du Roi sur
ses sujets et qui remet l’individu au centre de la société.
Cette révolution va profondément marquer cette nouvelle
civilisation :
Ø L’ordre n’est plus
un ordre naturel. Dieu remonte au Panthéon et les hommes
s’occupent de leurs destinés terrestres. Il jouit d’un
nouveau pouvoir sur sa destinée.
Ø Le Progrès est érigé
en idéologie. Rationalité et Sciences sont les éléments
moteurs de l’émancipation de l’homme. Mais, dans
le même temps, cet homme émancipé doit faire
face, seul, aux dures réalités de la vie. Il n’est
plus protégé par la communauté.
Ø L’Homme découvre la
notion de projet. Le rapport au temps change : Dans la société
traditionnelle le temps est immuable donc cyclique (ponctué
par des fêtes et des rites périodiques : Noël,
Pâques, moisson …) alors que dans le monde moderne il
devient linéaire : Le futur sera différent du passé
!
Ø Création de nouvelles institutions
politiques basées sur la démocratie. Mais en même
temps la République se veut Une et Indivisible. Les mêmes
régles s’appliquent à tous : Il n‘existe
plus de logiques communautaires ou régionales : Mêmes
droits, mêmes devoirs et même langue. La vertu assimilatrice
de la République nie les diversités et toute déviance
est socialement sanctionnée !
La « modernité » se structure alors autour de
trois grandes valeurs :
A - La famille :
Ø Elle évoluera de patriarcale
transgénérationnelle, vers la famille « souche
», constituée autour de la préservation d’un
patrimoine, puis de type nucléaire (Famille Parents / enfants)
essentiellement urbaine.
Mais quelle que soit son type, le père demeure la figure
centrale. Les lois conforteront encore longtemps cette prééminence.
Ø De plus le mariage prend une importance
grandissante (Il n’existe véritablement que depuis
le 12ème siècle !) dans la mesure ou il devient l’instrument
formel de l’accumulation et de la transmission du patrimoine.
Ainsi tout est mis en œuvre pour encourager les valeurs «
familiales » et marginaliser les comportements déviants
(Célibataires, homosexualité …)
B- Le travail :
Ø Le travail devient une vertu. C’est
un contrat social et l’intégrateur par excellence.
Mais l’homme doit faire la preuve que sa force de travail
vaut quelque chose. Il doit avoir la capacité à se
vendre contre une rémunération. La symbolique du travail
devient une valeur tellement forte que la société
moderne ne peut concevoir que l’individu ne travaille pas.
Marginalisation et opprobre sociale sont le prix de l’oisiveté,
y compris subie (Chômage). La société et ses
institutions républicaines mettent ainsi le travail au centre
de l’activité sociale.
Ø Le développement de l’école
laïque et obligatoire, ainsi que la santé accessible
à tous, permettent à tous les citoyens d’avoir
accès au travail (En 1972 la France ne compte que 250.000
chômeurs !)
Ø C’est donc naturellement
que le travail devient le facteur essentiel de l’accumulation
du capital (A la différence de la société traditionnelle
où le patrimoine était prédéterminé
par la naissance). De là se développe la croyance
que grâce au travail et aux vertus familiales le futur sera
meilleur que le présent et que les enfants auront une position
sociale plus élevée que celle de leurs parents (Ce
qui sera, le plus souvent, vérifié). Le travail a
une vertu universelle : Tout le monde va en profiter !
C - L’Etat-Nation
Ø L’Etat fédère
et crée l’identité nationale et ses symboles
(Drapeau, hymnes …). Tous les citoyens doivent adhérer
aux valeurs de la République, qui, en contrepartie, va créer
de meilleures conditions de vie pour l’immense majorité
des citoyens.
Ø L’armée, au travers
de la conscription, participe à l’édification
du sens républicain et de la solidarité. D’ailleurs,
l’état peut tout demander au citoyen, y compris sa
vie (Guerres …)
Ø L’éducation est organisée
par l’état et l’école laïque fabrique
également l’appartenance républicaine.
Ø En fin de l’époque
moderne, il devient état-providence : Si vous êtes
un bon citoyen qui adhère et participe aux valeurs républicaines,
l’Etat vous protège (Santé, éducation,
retraite …) et vous offre des garanties, voire des récompenses
(Elévation dans l’échelle sociale). Par contre
en cas de « désobéissance sociale » différents
pouvoirs disciplinaires (Père, instituteurs, l’adjudant,
le Maire, la Justice …), marginalisent où sanctionnent
les individus déviants.
Ø L’Etat, devenu tout puissant,
devient donc un être transcendant, qui remplace la tribu ou
la communauté
Néanmoins se développent également des espaces
de liberté inconnus jusqu’à ce jour. Cela permet
différentes formes d’expression et de contestations
qui servent « d’aiguillon » et permettent de faire
avancer la modernité.
4 - L’Hypermodernité ou « la
fin des grands récits »
La modernité trouve son apogée – mais aussi
son chant du cygne – durant les 30 glorieuses. Cependant,
des fissures à ce bel édifice commencent à
apparaître dès les années 40.
Ø La philosophie d’Auguste
Conte, qui prône la supériorité de la raison,
de la rationalité et de la science, vacille sous les coups
de boutoir de dangereux docteurs Folamour.
L’explosion de la bombe d’Hiroshima, et l’extermination
« scientifique » des juifs marquent symboliquement l’émergence
d’une certaine méfiance vis-à-vis de la science
qui,
jusqu’alors était présentée comme la
voie royale pour l’émancipation de l’homme et
le développement de la modernité.
Le progrès scientifique est, certes toujours envisagé
comme un instrument au service de l’homme, mais de nombreux
bémols viennent sérieusement modérer cet enthousiasme
: Emergence de maladies inconnues (Sida, virus Esbola, …),
sécurité alimentaire remise en question (Vache folle,
OGM …), inquiétude sur la gestion des déchets
nucléaires (« Poubelle » de Mourmansk), manipulations
et clonage génétiques etc …
Ø Les années soixante voient
la fin des empires coloniaux et le début de l’internationalisation
des activités ainsi que l’émergence de nouvelles
puissances, récemment émancipées, (Chine, Indes
…)
Ø La fin de cette décennie
est également marquée par la prise de conscience par
la jeunesse de son pouvoir. Cela se traduira soit par des manifestations
violentes (Mai 68 …) soit par une contestation des pouvoirs
traditionnels établis (Mouvement Hippie, communauté
autonomes …)
Ø La crise énergétique
(La première … ) marquera de son empreinte les années
soixante dix (Triplement du prix du baril, qui passe de 4 à
12 $ !!!) avec une soudaine prise de conscience du caractère
limité de nos ressources naturelles (Cf. les prophéties
angoissantes du « club de Rome »)
Tels furent les premiers coups de semonce qui ponctuèrent
les 30 glorieuses, comme autant de prémices d’une évolution
inéluctable de nos civilisations occidentales vers moins
de certitudes
Ainsi, l’hypermodernité qui émerge
conserve toutes les valeurs de la modernité, MAIS, ces valeurs
sont de plus en plus contestées car beaucoup moins opératoires
et protectrices qu’elles n’étaient dans la période
précédente.
Le philosophe français Jean-françois Lyotard
définit cette nouvelle période comme « La fin
des grands récits … » qui permettaient aux gens
de rêver à un futur meilleur
Si nous reprenons point par point les caractéristiques de
la société moderne on note de réelles évolutions
:
On a déjà vu la méfiance grandissante des
individus dans les sciences. Les scientifiques ont perdu l’autorité
et la crédibilité de dire seuls que telle ou telle
découverte est bienfaisante pour la population, il est nécessaire
que ces affirmations soit validés par des organismes indépendants
(Contrôles sanitaires, associations de consommateurs etc …)
A - La famille :
Ø Ciment de la société
moderne, la famille et ses rites sont en train d’éclater
: Le mariage n’est plus un passage obligatoire dès
lors que la vie du couple n’est plus gravée dans le
marbre de l’éternité : Prés de 50 % des
mariages finissent par un divorce. Apparaissent donc de plus en
plus de familles « recomposées » ou monoparentales.
48 % les enfants français naissent hors mariage et 13 millions
de français vivent seuls (+ de 50 % à Paris !) En
conséquence la famille n’est plus le vecteur unique
de l’accumulation et de la transmission du capital.
Ø De plus les rapport homme/femme
ont complètement changés. Le Pater familias a largement
perdu de sa superbe. Les raisons en sont multiples : Accès
des femmes aux études supérieures, arrivée
de la contraception (fin années 60), la loi de 1974 sur l’avortement,
les lois sur l’égalité père/mère,
le développement du travail féminin ont radicalement
changé le paysage où l’homme assurait, le plus
souvent seul, la subsistance de la famille, avec une femme dévolue
aux taches ménagères et à l’éducation
des enfants. Ces derniers d’ailleurs sont de plus en plus
surprotégés, car le monde qui les entoure est de plus
en plus considéré comme hostile (Accès au travail
et au logement difficile) – et non plus porteur d’opportunités
– ce qui favorise les maintien dans la cellule familiale de
jeunes adultes, qui reculent – par choix ou par nécessité
– leur entrée dans une existence totalement autonome.
Ø Il en résulte un hyper individualisme,
dans le sens ou chacun a plus ou moins conscience qu’il doit
se bâtir sa propre histoire. Celle-ci peut être partagée,
pendant un certain temps, par différents partenaires affectifs,
mais, globalement, je dois mener ma barque seul. L’important,
c’est le présent, voire l’immédiateté,
mais de moins en moins le futur par manque croissant de visibilité
sur l’avenir.
B - Le travail :
Pilier social absolu de la modernité, il est un truisme
que d’affirmer que le rapport au travail a changé :
Ø Sauf salariés protégés
il n’existe plus véritablement de logique de carrières
linéaires. Le rapport au travail est chaotique et les logiques
purement mercenaires. Le travail est un pur contrat dénué
de plus en plus d’humanité. Les entreprises n’hésitant
pas se séparer de (vieux) collaborateurs si leurs intérêts
(ou ceux des actionnaires) le dicte, il est aussi vrai, réciproquement,
que les salariés n’ont qu’une vision utilitariste
du travail.
Ø Celui-ci est d’ailleurs de
plus en plus rare : Si aux 2,5 millions de chomeurs nous ajoutons
les 1,2 millions de RMIstes + tous les contrat précaires
(Type CES, temps partiels, « stagiaires » à long
terme …) subits et non choisis + les 500.000 SDF (De plus
en plus jeunes …) nous arrivons au total de 6 à 7 millions
d’actifs potentiels qui sont hors système.
D’ailleurs, malgré les gesticulations politiques et
les principes gravés au fronton de notre constitution, les
français ont pris conscience qu’il n’y a plus
aujourd’hui du
travail pour tous. Certains « actifs » ne travaillerons
jamais de leurs vie (au sens « contractuel » du terme).
Ce sont des surnuméraires dont les qualifications –
quand
elles existent (Il y a 28 % d’illettrés en France …)
– sont devenues obsolètes (200.000 jeunes sortent chaque
année du système scolaire sans aucune
qualification). Ils sont « socialement « morts »
(42 % des habitants du Nord pas de Calais vivent en dessous du seuil
de pauvreté ou juste à son niveau (Soit environ
50 % du salaire moyen en France selon les différents types
de configurations familiales)
Mais ou est donc passé le cercle vertueux de la modernité
? (Travail ? revenus réguliers et pérennes ? accès
au logement et création de la famille ? progression sociale
assurées pour moi et mes enfants)
Ø Aujourd’hui les « working
poors » sont de plus en plus nombreux (Jeunes, y compris diplômés,
travail déclassé dans les services et la grande distribution
…). 1/3 des salaires en France sont reliés au SMIC.
30 % des salariés passent de petits boulots en petits boulots
Le travail devient donc une denrée de plus en plus rare
avec des conséquences sociales irréversibles :
Ø Ecart grandissant dans l’échelle
des salaires entre ceux qui ont des qualifications pointues ou des
capacités de management qui sont encore fortement valorisées
dans le monde du travail et les autres qui végètent
en bas de l’échelle de rémunération.
Ø Surqualification généralisée
(Des « Sup de Co » sont « chefs de rayon »
dans la grande distribution …) avec pour conséquence
un désintérêt pour le travail dont le bénéfice
social apparaît comme de plus en plus flou.
? Développement de l’hyperindividualisme (Dans cette
« jungle » il faut apprendre à survivre seul)
encouragé par la concurrence exacerbée dans la course
au jobs, par la compétition permanente pour rester au Top,
être le meilleur et pérenniser ainsi son emploi
Ø Comme l’ascenseur social
est en panne se développe une logique de réseau et
de cooptation. Si tu n’es pas bien né et que tes parents
n’ont pas un carnet d’adresse tu restes au bord du chemin
!
Ø Enfin, la mondialisation et l’interdépendance
grandissante des économies donne une plus grande acuité
et médiatisation des différentiels de coût de
main-d’œuvre. Même si le phénomène
des délocalisations compétitives est significativement
moins important qu’il n’y parait (Les investissements
étrangers en France créent plus d’emplois que
les délocalisations d’entreprises françaises
en font perdre. Bien sur, ces emplois crées et détruits
ne sont ni identiques, ni substituables), il n’en demeure
pas moins que la médiatisation de ces délocalisations
engendrent une sorte de psychose parmi les travailleurs les plus
vulnérables (c'est-à-dire les moins qualifiés)
entretenue par cette angoissante question : Quand mon tour viendra-t-il
???
C - L’Etat-Nation :
Le moins que l’on puisse dire est que l’état
subit une crise de légitimité. Cela se vérifie
au prisme de différentes facettes :
Ø Rejet des élites. Discours
théoriques déconnectés des préoccupations
quotidiennes, promesses non tenues, permanence des hommes politiques
perçus comme défendant d’abord leurs propres
intérêts (Scandales financiers). Il n’y a plus
de projet, il n’y plus que de la gestion ! Les marchands de
bonheur ne sont plus crédibles !
Ø Faillite des idéologies.
Aucun « modèle » économique ne «
marche » vraiment. Et l’opinion perçoit bien
cette impuissance, aggravée par la renonciation à
certains instruments de pilotage au profit de l’Europe, perçue
comme un « machin » (Au sens gaullien du terme !) technocratique
fort éloigné du citoyen (Les referendums en France
et aux Pays-bas en sont l’illustration !)
Ø La machine à redistribuer
est grippée. Il est clair que dans une économie atone
les recettes sont insuffisantes pour satisfaire les besoins croissants.
Les revendications catégorielles pour la défense des
avantages acquis ont remplacé depuis longtemps le sens citoyen
de l’intérêt général. Chacun en
veut toujours plus d’un Etat perçu comme une véritable
« vache à lait ». Ces égoïsmes catégoriels
se font, bien entendu, au détriment des générations
futures dont véritablement personne n’a cure ! (L’important,
c’est que moi, je puisse en jouir !) La logique « consumériste
» a remplacé la logique citoyenne !
De plus les chèques sur l’avenir tirés par les
gouvernements précédents (de tous bords …) engendre
un service de la dette équivalent au montant total de l’impôt
sur
le revenu. L’Etat, mauvais gestionnaire, vit largement au-dessus
de ses moyens (Déficit d’environ 50 milliards d’Euros
par an !)
Ø L’Etat centralisateur est
de plus en plus mal perçu. Nombre de nos concitoyens se sentent
plutôt basque, bretons ou alsaciens avant de se sentir français.
Les transferts de compétences aux régions ressemblent
trop à une défausse financière de l’état
vers les collectivités territoriales, pour être ressentis
positivement.
Ø L’Ecole de la république
ne joue plus son rôle intégrateur et créateur
de lien social. On assiste à une « ghettoïsation
» de l’école en fonction des quartiers ou de
l’origine sociale. L’argent est devenu un véritable
moyen de réussite scolaire : Cours particuliers généralisés
avec le développement de véritables entreprises commerciales
spécialisées, accès aux meilleures formations
universitaires tarifées (apparition de coûteuses «
écuries » en première année de médecine
…), multiplication des classes préparatoires privées,
certaines d’un très haut niveau (St Geneviève
…. ) et intégration dans les écoles les plus
prestigieuses presque exclusivement d’enfants de familles
aisées. La machine à fabriquer la « fracture
sociale » est en marche !
Ø L’hyper-information dans
laquelle nous baignons, véhiculées par des mass média
de plus en plus diversifiées, produit des quantités
d’informations non hiérarchisées préalablement
et dans laquelle l’individu doit trier en fonction de ses
préférences et échelles de valeurs. L’objectif
étant, bien entendu, de capter l’attention du plus
grand nombre afin de vendre chers les tunnels publicitaires qui
ne manqueront pas de ponctuer la diffusion de ces informations ou
divertissements. Cela engendre deux conséquences néfastes
:
• La caricature des faits, au détriment de l’analyse,
pour augmenter le coté sensationnel et capter l’attention.
• La sollicitation des instincts les plus bas pour gagner
en audience (Télé réalité qui va toujours
plus loin, développement de programme ou le sexe joue un
rôle de plus en plus grand …)
D - Les conséquences comportementales de
l’hyper modernité
L’ensemble du contexte économique et sociologique
que nous venons de décrire a profondément modifié
les comportements individuels :
Ø Le MOI
fort.
Dans une société très changeante et dans laquelle
les règles darwiniennes dominent le jeu social, seules les
personnalités les plus solides et les plus construites sont
capables de tirer parti positivement de cet environnement, certes
menaçant, mais fécond en nouvelles opportunités.
Etre de plus en plus responsable de son propre destin implique d’être
psychiquement fort pour l’assumer. Or tout le monde n’est
pas « fort » (60 % des français, utilisent des
compléments médicamenteux pour « survivre »
dans ce monde là !) et légion sont ceux qui développe
des pathologies liées à la pression sociale (Dépression,
mythomanie …)
Ø Un nouveau
rapport au temps.
La société hypermoderne apparaît comme celle
où l’on vit le temps comme une préoccupation
majeure. Elle se caractérise par la généralisation
du règne de l’urgence : « Je veut tout et tout
de suite ! ». La vision de l’avenir s’estompe
devant le règne de l’immédiateté. Ce
nouveau rapport au temps est illustré par la passion consumériste.
« Le désir fondamental du nouveau consommateur est
de rajeunir son expérience du temps, la revivifier par des
nouveautés s’offrant comme des succédanés
d’aventure. L’hyperconsommation est une cure de jouvence
émotionnelle indéfiniment recommencée »
(Gilles Lipoveski). Bref, l’homme hyper moderne trompe son
angoisse en consommant !
De fait, aujourd’hui le consumérisme triomphe partout
et il n’y a guère de place pour la vie intérieure,
considérée comme ringarde et abandonnée aux
religions (Elles aussi touchées par la fièvre mercatique
: Cf le marketing religieux débridé des USA avec ses
télé-précheurs messianiques, véritables
stars du petit écran !)).
Les objets nomades ont colonisé la totalité de nos
quotidiens (Les ados d’aujourd’hui tripotent compulsivement
leurs téléphones portables à la fois instruments
de liberté et d’aliénation !), et s’insinuent
dans notre intimité, faisant éclater les frontières
ténues qui séparent notre vie privée de notre
vie publique.
Enfin, statistiquement, le temps dont nous disposons pour nos loisirs
s’est accru considérablement. Si nous nous livrons
à des comparaison en % relative à l’emploi du
temps de la vie d’un homme en 1900 et en 2004, on constate
une évolution, en 100 ans tout à fait spectaculaire
: Ainsi, nos ancêtres consacraient-ils 42% de leur vie à
travailler, contre 12% aujourd’hui ! (La France détient
le record du mode du temps de travail le plus court : moins de 1.450
heures par an selon les dernières statistiques !). En revanche,
ils consacraient à leurs loisirs 11% de leurs vies, contre
29 % aujourd’hui !!! Sans doute l’allongement de la
durée de la vie explique-t-elle – en partie –
cette révolution des loisirs, mais il n’en demeure
pas moins que se pose, pour beaucoup, la question de l’occupation
de tout ce temps libre, dès lors que les ressources disponibles
sont souvent affectées à d’autres priorités
plus urgentes telle que la nourriture, les vêtements et surtout
le logement …
Ø La dictature
de la jeunesse
L’angoisse existentielle liée à la conscience
de la mort (L’homme est le seul être au monde qui sait
qu’il va mourir, c’est, fondamentalement, ce qui le
distingue de l’animal !), conduit l’individu hypermoderne
a nier la déchéance physique qui est la manifestation
de notre course inéluctable vers notre propre fin. Ne croyant
plus en un monde meilleur et éternel qui nous est promis
par toutes les religions du Livre, il faut jouir de notre corps
le plus longtemps possible. A défaut de savoir convaincre
il faut séduire !
Le narcissisme est la manifestation évidente de cette angoisse.
Il faut être jeune et beau. C’est le chemin royal pour
exister par rapport aux autres, mais c’est également,
ne l’oublions pas, un atout social qui permet d’obtenir
des postes de représentation ou mieux d’accéder
à la médiatisation. Comme dit avec beaucoup de bon
sens l’homme de la rue « A-t-on jamais vu un laideron
gagner Star Académy ? ».
Tout l’univers médiatisé glorifie l’apparence
au détriment de l’Être. Quel scientifique, quel
philosophe a-t-il aujourd’hui accès aux délices
du « prime time » hypermédiatisé ? Soyons
beaux puisque nous n’avons plus rien à dire !
Cette course à l’éternelle jeunesse fait les
choux gras des marchands d’illusions : Explosion des ventes
de produits cosmétiques, de pilules contre le vieillissement
(Enzymes Télomérase ou DHEA, la pilule de l’immortalité
!), de vêtements de lolitas, de produits de régimes
miraculeux …
Ainsi l’homme hypermoderne ne serait-il qu’un
névrosé, angoissé, narcissique et jouisseur
?
Eh bien non ! Il serait réellement hypermoderne que de
caricaturer l’individu dans une vision par trop manichéenne.
Il y a en effet des raisons d’espérer …
Ø Mieux formé, plus autonome,
plus libre dans ses jugements, l’homme hypermoderne est un
pragmatique et opportuniste. Il est adaptable, et mieux armé
pour faire face aux mouvances des situations que son prédécesseur
d’il y a 40 ans
Ø Il est également beaucoup
mieux informé, et ouvert aux événements du
monde. Il est sensible aux phénomène de pauvreté
(Tiers monde et quart monde) et souvent s’implique dans la
lutte contre les inégalités, les totalitarismes (La
démocratie progresse partout …) les dérives
de la science, la préservation de notre planète, la
« mal bouffe ». Il a une conscience « politique
» aigue, mais ne compte pas sur les pouvoirs politiques en
place pour faire bouger les choses.
Ø De plus, cet hyperindividualiste
est, paradoxalement souvent très solidaire. Nous comptons
en France près de 10 millions de bénévoles
qui militent dans toutes sortes d’associations. L’individualisme
n’exclut donc pas la générosité. Et dans
la devise de la France – Liberté, égalité,
fraternité – gravé aux frontons de nos établissements
public, seule l’égalité s’effrite véritablement.
Ø Il est également remarquable
de noter que l’homme hypermoderne est à la recherche
de sens à sa vie. André Malraux voyait le 21éme
siècle comme « religieux » et il semble que qu’il
ait eu raison. On constate un renouveau de la recherche spirituelle,
y compris chez les jeunes (Cf, l’étonnant engouement
d’une certaine jeunesse accourant par millions des 4 coins
de la planète écouter le message spirituel d’un
Jean-Paul II, ou d’un Benoît XVI, vieillards aux conceptions
pourtant très traditionnelles et conservatrices !).
Ø Enfin, l’homme d’aujourd’hui
n’est pas amnésique. Il ne renie plus ses racines ou
ses origines (Cf le nombre très important de sites Internet
sur la généalogie) Pour bâtir un projet, l’individu
hyper moderne comprend qu’il est nécessaire de connaître
et d’assumer son passé. En ce sens l’homme hypermoderne
fait preuve de plus de maturité que son père ou grand-père
« moderne » qui bien souvent occultait complètement
ses racines paysannes qu’il considérait comme honteuses.
Il ne faut donc jamais désespérer de l’Homme
…
Didier Coccolo
Remerciements et Bibliographie :
Cet article n’aurait jamais pu être écrit,
sans la lecture des notes ou ouvrages suivants :
Ø Conférence d’André
JARRY, Sociologue, - 2005
Ø N.AUBERT « L’individu
hypermoderne » Editions Erès – 2004
Ø G. LIPOVETSKY « Les temps
hypermodernes » - 2004
… Ainsi que de nombreux articles sur différents sites
Internet !
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