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par Didier Coccolo, professeur d'économie et gestion
au lycée Saint-Exupéry
e-mail : didier.coccolo@wanadoo.fr
Avertissement
Ce petit mémento ne prétend nullement à l'exhaustivité. Bien plus,
il méconnaît des auteurs réputés importants (Chandler, Minzberg
) car les différentes théories sont classées par "école"
ou par systèmes de pensée homogènes.
Pour plus d'informations, se reporter à l'ouvrage de Jean-Claude
SHEID : "Les grands auteurs en organisation".
Tous commentaires ou critiques sont bienvenus.
Sommaire
* INTRODUCTION
*L'ECOLE CLASSIQUE
- Les hypothèses de base
- TAYLOR et l'O.S.T.
- Henry FORD
- HenriFAYOL
- Max WEBER
- Conclusion
* LE COURANT PSYCHOSOCIOLOGIQUE
- Elton MAYO et l'école des
relations humaines
- La théorie des besoins et
des motivations (A. MASLOW, D. MAC GREGOR,
F. HERZBERG)
* L'ECOLE NEO-CLASSIQUE
- Alfred SLOAN
- Peter DRUCKER
- Octave GELINIER
* LES THEORIES DES SYSTEMES ET DE LA DECISION
- Théorie des systèmes : Présentation
et hypothèses préalables
- Les théories de la décision
(H.SIMON, R.CYERT, J.MARCH)
- La théorie des jeux (O.MORGENSTERN,
J. VON NEUMAN)
*L'ECOLE SOCIO-TECHNIQUE (F.EMERY
et E.TRIST)
* LE NEO-TAYLORISME
* ENTREPRISES ET PSYCHOPATHOLOGIES (A.BLOCH)
* LA "PENSEE JAPONAISE"
(J.JURAN, E.DEMING, S.SHINGO, T.OHNO, K.OHMAE)
* LES ORGANISATIONS CAPITALISTES ASIATIQUES (G.REDDING)
INTRODUCTION
Nous avons vu que les économistes considèrent l'entreprise,
ou plutôt l'entrepreneur, comme un agent économique simple prenant
des décisions d'optimisation rationnelle compte tenu d'une vision
simplifiée (simpliste ?) du marché qui ne comprend que les quantités,
les prix, le taux d'intérêt, et le coût des facteurs de production
(capital et travail).
Devant le caractère par trop irréaliste d'une telle vision, se sont
engouffrés nombres de praticiens et de théoriciens de l'Entreprise
qui se sont efforcés d'étudier celle-ci dans sa complexité : humaine,
technique, commerciale, managériale.... De fait, le rôle essentiel
du chef d'entreprise a été reconnu comme étant quelqu'un capable
d'organiser et de mettre en uvre une combinaison efficace
de facteurs de production. De " la main invisible " des
économistes qui prétendent que le marché est le seul élément régulateur,
on passe à " la main visible des entrepreneurs " pour
paraphraser le célèbre ouvrage de Chandler (the visible hand : the
managerial revolution in american business.)

L'ÉCOLE CLASSIQUE
Elle concerne les 1ers auteurs qui, au début du siècle, ont posé
les bases de la science des organisations. ceci correspond en fait
aux exigences nouvelles engendrées par l'émergence de la société
industrielle. En effet la gestion d'une entreprise de production
requiert une qualification très différente de la conduite d'un simple
atelier. Les seules organisations véritablement hiérarchisées étaient,
au XIX ème siècle, l'armée et l'église. Bien qu'inspirée de ces
modèles, la conduite des organisations productives doit trouver
une voie qui lui soit propre et adaptée aux exigences d'une entreprise
dans un contexte tout à fait nouveau :
. succession des innovations et de leur application industrielle
qui induit une mécanisation de plus en plus grande du travail.
. Augmentation de la taille des entreprises, donc des capitaux,
des équipements et des effectifs à gérer.
. Urbanisation de plus en plus répandue de la société è Demande
de produits standardisés de première nécessité. L'exode rural pousse
vers les villes une main-d'uvre peu ou pas qualifiée mais
qui est prête à accepter des conditions de travail difficiles en
échange d'un salaire de subsistance et de l'espoir de grimper à
l'échelle sociale.
. le contexte intellectuel est favorable au développement des sciences
exactes (elles vont sauver le monde) et à la croyance dans l'efficacité
absolue des modèles rationalistes et du progrès technique.
Les fondements de la pensée classique sont basés sur 3 notions :
· une approche empirique et normative
· des hypothèses implicites
· des principes d'organisation
L'approche empirique est issue de pratiques professionnelles et
d'expériences de Direction. Ces pratiques sont présentées sous forme
de règles à suivre : recommandations, principes, commandements ...
(ex : Les 14 principes de Fayol )

Les hypothèses implicites sont les suivantes
:
. Postulat mécaniste : l'entreprise est une gigantesque machine
composée de milliers de pièces. Les ouvriers ne sont que des rouages
du mécanisme global.
. Postulat rationaliste : l'entreprise est composée d'éléments humains
et matériels qui peuvent être dominés par l'esprit de l'organisateur
:
- Le matériel est régi par des lois physiques que l'on connaît et
dont on maîtrise les processus industriels
- Les individus réagissent, eux aussi, selon des lois psychologiques
que l'on croit connaître parfaitement :
. L'individu recherche la sécurité et répugne aux responsabilités
. Il est naturellement paresseux et fraudeur
. Il n'est motivé que par le salaire.
Partant de là, se dessinent les 4 grands principes qui président
à la pensée classique :
. L'organisation hiérarchique : L'entreprise doit être hiérarchisée
(cf. : l'armée). L'autorité est pyramidale. Elle peut, cependant,
être parcellisée et déléguée aux échelons inférieurs, sauf au dernier
(les ouvriers) qui ne doivent être que des exécutants.
. Le principe d'exception : les subordonnées s'occupent des taches
routinières. Seuls les problèmes exceptionnels doivent remonter
la hiérarchie et être solutionnés par elle.
. L'unicité de commandement : On ne doit dépendre que d'un seul
chef (cf. : L'armée)
. Le principe de spécialisation : Le travail est découpé en gestes
et opérations très simples facilement assimilables par une main-d'uvre
peu qualifiée. On diminue ainsi le temps d'apprentissage et l'exécution
répétée des mêmes gestes permet une cadence très rapide. De plus
cette technique engendre des avantages :
- On peut mesurer facilement la productivité d'un ouvrier
- On peut rémunérer l'ouvrier en fonction de son travail (rendement)

TAYLOR et L'O.S.T. (1856-1915)
Taylor réorganise le processus productif selon une double division
: Verticale et horizontale
. Verticale : les taches de conception et de commandement sont du
ressort exclusif de la Direction. L'ouvrier exécute : il n'est pas
payé pour penser.
. Horizontale : le travail est décomposé, parcellisé en gestes élémentaires.
Il est clair que le fossé s'accroît entre, d'une part, la surqualification
et l'autorité des ingénieurs qui, non seulement indiquent ce qui
doit être fait, mais aussi comment il faut le faire (the one best
way) et, d'autre part, la déqualification des ouvriers qui ne peuvent
accéder à un apprentissage global du processus et exécutent stupidement
un geste dépourvu de sens.
Taylor s'était bien rendu compte du caractère abrutissant du travail
ouvrier et, en contrepartie, il préconisait que ce travail fut correctement
payé et que les ouvriers puissent accéder à la société de consommation
par une redistribution équitable des gains de productivités ainsi
réalisés.
Cet aspect social de la pensée taylorienne est resté dans l'ombre
dans la mesure ou il fallu attendre FORD pour une réelle mise en
application de ces principes sociaux.
Ce n'est pas TAYLOR qui a inventé la parcellisation des taches,
ni la séparation entre l'exécution et la conception (cf. l'industrialisation
de l'Angleterre du XIX éme à Karl Marx et " Le capital ")
mais c'est lui qui a systématisé ces techniques pour donner un modèle
scientifique de l'organisation des entreprises au XX ème siècle.

Henry FORD
Le mérite de FORD a été de mettre en application les idées de TAYLOR
et cela dans 2 domaines qui ont contribué à la naissance du "
Fordisme " :
. Le développement du travail à la chaîne : Idée de génie car ce
n'est plus l'homme qui fixe la cadence mais le convoyeur, et chacun
est contraint de suivre le rythme sous peine d'être éliminé. L'ouvrier
est un instrument de la machine (cf. Charly Chaplin dans "
les temps modernes ").
. L'application sociale de la pensée de TAYLOR : Les ouvriers de
Ford sont les mieux payés des États-Unis, non par altruisme, mais
parce que Ford pensait, fort justement, que les premiers clients
de Ford seraient précisément ses employés.

Henri FAYOL (1841-1925)
Directeur d'une société minière à Decazeville, il a publié un livre
intitulé " L'administration industrielle et générale "
(1916) dans lequel il reconnaît 6 fonctions à l'entreprise :
. Technique
. Commerciale
. Comptable
. Financière
. Sécuritaire
. Administrative
L'apport de Fayol repose essentiellement dans l'organisation administrative
de l'entreprise (Taylor était, quant à lui, plus concerné par l'aspect
technique).
Pour lui " administrer " pouvait se résumer en 5 infinitifs
:
. prévoir
. organiser
. commander
. coordonner
. contrôler
Il constate que les activités administratives augmentent au fur
et à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie (que Fayol comme
Taylor voit d'une façon pyramidale) et qu'elles concernent principalement
l'administration des hommes.
C'est ainsi qu'il va définir 14 principes d'administration. Parmi
ceux-ci on note :
La division du travail, l'autorité et la responsabilité, la discipline,
l'unicité de commandement, l'unicité de direction, la primauté de
l'intérêt général, la juste rémunération, le degré de décentralisation
(dépend de l'activité), la nécessité de communications latérales,
l'ordre matériel et moral, l'équité, la stabilité du personnel,
l'initiative, l'union du personnel (esprit d'entreprise).
Les idées de Fayol ont été largement reprises par des auteurs anglo-saxons
tels que GULICK, URWICK, MOONEY, BRECH ....

Max WEBER (1864-1920)
C'est l'inventeur de l'Organisation bureaucratique'.
La légitimité de cette organisation repose sur le droit et les règlements.
Le détenteur de l'autorité donne des ordres qui sont autant de règlements
(notes de services) qui ont aussitôt valeur juridique. C'est une
organisation désincarnée de son aspect humain, basée sur la compétence,
la rigueur, la précision et, bien sur, une stricte hiérarchie (Cf.
F. KAFKA "le château" ou "le procès"). Ce modèle,
selon Weber, est à la fois le plus efficace et le plus égalitaire
: chacun est traité de la même manière . L'absence de sentiments
humains est la garantie même de l'équité. En lui conférant une légitimité
juridique, Weber garanti à cette bureaucratie une totale indépendance
vis-à-vis du pouvoir politique.
Le modèle bureaucratique weberien a inspiré l'organisation des grandes
administrations (et la rédaction des statuts des fonctionnaires)
et continue aujourd'hui d'inspirer nombre d'organisation bureaucratique
surtout dans ses aspects égalitaires et indépendants.

CONCLUSION
Les limites de l'école classique se trouvent dans ses principes
mêmes :
La déshumanisation du travail provoque une contestation de plus
en plus vive : Absentéisme, " turnover " important. Il
provoque également la naissance d'un pouvoir syndical important
è conflits sociaux de plus en plus dur contre les cadences infernales
ou le salaire au rendement
Le taylorisme devient également de symbole de l'exploitation capitaliste
de l'homme par l'homme. Il est vivement combattu par les partis
de " gauche ", y compris aux États-Unis.
Il devient alors indispensable de trouver un sens plus humain au
travail. De nouvelles approches fondées sur la sociologie et la
psychologie vont alors voir le jour.

LE COURANT PSYCHOSOCIOLOGIQUE
1- L'école des relations humaines
Ce mouvement va se développer principalement à la fin des années
30. Partant d'une critique radicale du système Taylorien qui réduit
l'homme au niveau de la machine, l'idée émerge que, bien au contraire,
c'est en privilégiant l'homme que la productivité du travail sera
augmentée.
L'initiateur de ce mouvement est Elton MAYO (1880-1949) qui a travaillé
essentiellement sur des thèmes tels que les relations entre la productivité
et le moral des employés, les rapports humains à l'intérieur de
groupes, et entre les groupes eux-mêmes. Son étude la plus célèbre
a été menée durant 5 ans au sein de la Western Electric Cy à Chicago.
Au cours de ces expériences, MAYO changea plusieurs fois les conditions
de travail de 6 ouvrières dans un atelier (Éclairage, temps de repos,
rémunération, horaires ....) et ceci, chaque fois en expliquant
les raisons du changement proposé et avec l'accord unanime des 6
ouvrières. A chaque changement la productivité du travail augmenta,
y compris quand l'on revint à l'organisation initiale. è Ces changements
ne peuvent donc expliquer ces augmentations de productivités. Ce
sont donc plutôt l'attention et la considération dont ces ouvrières
ont bénéficiées pendant cette expérience qui ont conduit ces dernières
à " mieux " travailler .
Les principales contributions de l'école des relations humaines
sont donc :
· La somme de travail accompli par un ouvrier n'est pas déterminé
par sa capacité physique mais par sa capacité sociale
· Les rémunérations non financières jouent un rôle important dans
la motivation des ouvriers
· La parcellisation des tâches n'est pas la forme la plus efficace
de la division du travail
· les travailleurs se sentent membres d'un groupe et c'est en fonction
du groupe qu'ils réagissent aux directives de la hiérarchie.
Malgré cela l'école des 'relations humaines' ne remet pas fondamentalement
en cause la prééminence de la Direction Générale (donc la division
verticale du travail) et, n'est pas, en ce sens, une véritable contradiction
du système taylorien.

La théorie des besoins et des motivations
A. MASLOW (1908-1970) a proposé une fort célèbre classification
pyramidale des besoins :
· Les besoins physiologiques (se nourrir, se vêtir, se loger ...)
· Les besoins de sécurité et de protection (se mettre à l'abri de
toutes les agressions extérieures)
· Les besoins sociaux (se sentir accepté, reconnu et compris des
autres)
· Les besoins d'autosatisfaction ou égocentriques (se comprendre
et se respecter soi-même)
· Les besoins d'accomplissement (création artistique, littérature,
altruisme ...)
Douglas MAC GREGOR (1906-1964) : Théorie X contre théorie Y
Mac Gregor est l'un des premiers à rejeter globalement les techniques
de management qui reposent sur la théorie classique (qu'il appelle
" théorie X ") et cela pour les raisons suivantes :
. la théorie classique est bâtie sur des modèles (Armée, église
...) qui ne sont plus du tout adaptés aux réalités de l'entreprise
moderne (surtout après la 2ème guerre mondiale)
. la théorie classique ne tient pas compte de l'influence du milieu
dans laquelle elle évolue (environnement économique et politique,
concurrence ....)
. Les hypothèses concernant les comportements humains sont simplistes,
voire inexactes (aversion pour le travail et les responsabilités,
recherche de la sécurité maximum ...)
. La théorie classique a pour pivot central la notion d'autorité
alors que ce concept n'est qu'un outil, parmi d'autres, du management
et de la motivation.
Mac Gregor propose donc une théorie du management (Théorie Y) qui
repose sur les postulats suivants :
. Il n'existe qu'une aversion pour le travail ennuyeux : Donner
un travail intéressant à quelqu'un et il en retrouve immédiatement
le goût.
. Il faut limiter les sanctions et promouvoir les récompenses :
L'homme recherche la satisfaction d'objectifs sociaux égoïstes.
Si l'exercice de responsabilités satisfait ces objectifs sociaux
(reconnaissance, pouvoir, argent ...) il recherchera les responsabilités
et ne les rejettera pas.
. Ainsi mis en confiance, de nombreux individus peuvent faire preuve
de créativité et il est prouvé que l'on utilise que très imparfaitement
les capacités d'intelligence et d'imagination des salariés d'une
entreprise.
Frederick HERZBERG (1923 ...)
Psychologue de formation, F. Herzberg réalisa entre les années 50
et 70 de nombreuses études, réalisées sur le terrain, afin de déterminer
avec précision quelles sont les motivations de l'homme et quelles
conditions faut-il réunir pour que l'homme s'épanouisse dans son
travail.
Ses travaux l'on conduit à une découverte importante en matière
de psychologie du travail : Les circonstances qui conduisent à la
satisfaction du travail sont différentes de celles qui conduisent
à une insatisfaction. En d'autre terme ce n'est pas parce que l'on
va supprimer les causes d'insatisfaction que l'individu sera satisfait.
(Et vice-versa).
Des travaux plus " fins " permirent de mettre en lumière
que, d'une façon générale, les facteurs de mécontentement étaient
surtout liés à l'environnement et que les facteurs de satisfaction
étaient ceux qui permettaient un développement personnel, une considération
du travail accompli. à Il faut donc " enrichir " le travail
en incluant dans celui-ci des facteurs de motivation, tout en améliorant
l'environnement des salariés.
Il est donc l'inventeur de " l'enrichissement des tâches ",
et même si cette notion est aujourd'hui contestée, il est néanmoins
vrai que certains ressorts psychologiques mis en lumière par Herzberg
demeurent des pierres angulaires de la psychologie du travail.

L'ÉCOLE NEO-CLASSIQUE
Cette école s'est développée grâce à l'apport de grands praticiens.(Chef
d'entreprises et grands cabinets de conseil type Mac kinsey , Boston
Consulting Group ....). C'est un courant orienté vers le pragmatisme,
dont la base théorique demeure très largement inspirée de L'école
classique (d'où son nom ...), mais qui a su incorporer ce qui parait
bénéfique dans les courants postérieurs.
Les principes généraux, sous-jacents à cette école, sont ainsi les
suivants :
. Le but premier (mais non unique) de l'entreprise est la maximisation
du profit. C'est lui qui mesure l'efficience de l'organisation et
tous les autres objectifs (sociaux, sociétals ...) restent subordonnés
à l'accomplissement prioritaire de celui-ci.
. L'entreprise est le moteur principal de la richesse économique
: " Le management est, en fait, la fonction essentielle et
capitale de notre société " affirme P.Drucker. Par contre,
son rôle quant à la répartition équitable de cette même richesse,
est largement passé sous silence
. Le management requiert des compétences particulières, des outils
propres et des techniques distinctes (toujours cet aspect normatif
et pragmatique) à Par exemple la décentralisation et la fameuse
DPO (Direction Par Objectifs).
. Même si ce courant a fait sien certains aspects de l'école psychosociologique
(l'enrichissement des tâches, et les travaux sur la motivation notamment)
la philosophie du management des hommes repose encore grandement
sur un " darwinisme " social :
Chaque individu lutte pour sa survie, les meilleurs accèdent aux
postes-clef, les moins performants sont éliminés.
Ce courant de pensée est prolixe en auteurs et en " gourous
". Trois d'entre eux nous paraissent, à des degrés divers,
représentatifs de ce courant de pensée :
Alfred P. SLOAN (1875-1966)
Sloan passa la totalité de sa carrière à la Général Motors, dont
33 ans comme Directeur général puis Président. Il n'a écrit qu'un
seul ouvrage : " my years with General Motors ". Il est
connu pour avoir fait de GM la première société mondiale, grâce
à la décentralisation, en appliquant 4 principes simples :
· Les divisions doivent être autonomes et jugées d'après la rentabilité
du capital investi.
· Certaines fonctions et certains contrôles doivent être centralisés
(finances, juridique, publicité, conception des voitures ...)
· La Direction Générale ne doit pas s'occuper d'exploitation mais
de politique générale.
· L'organigramme doit prévoir des passerelles afin que chaque division
soit représentée consultativement dans les autres divisions.
Il pense que la décentralisation procure initiatives, responsabilités,
efficacité et réduit considérablement le temps de réponse apporté
à tout problème. La condition pour que " ça marche " c'est
la coordination et la circulation horizontale des informations.
On imagine le caractère révolutionnaire de ces idées entre 1925
et 1935 au temps du Taylorisme-roi.

Peter DRUCKER (1909 ....)
Bien qu'il n'ait jamais exercé personnellement des fonctions de
management, P. DRUCKER a conseillé nombre de dirigeants de grandes
entreprises américaines et s'est particulièrement intéressé aux
fonctions de Direction Générale.
Pour DRUCKER les tâches majeures de l'équipe directoriale sont :
. La fixation de la mission spécifique de l'organisation : "
... seule une définition précise de la mission et de l'objet de
l'institution rend possible la détermination d'objectifs clairs
et réalistes ... "
. La mise en place d'un organisation du travail efficace, à la fois
productive et satisfaisante pour le personnel.
. La prise en compte des impacts sociaux de l'entreprise sur son
environnement et des influences de ce dernier sur les orientations
de l'organisation.
Pour DRUCKER, la recherche du profit n'est pas une fin en soi. Il
fait figure de pionnier en affirmant que le but premier de l'entreprise
est de créer, maintenir et développer une clientèle. Pour lui seul
deux services dans l'entreprise sont des centres de profit (les
autres étant des centres de coût) : La Recherche et Développement,
et le Marketing. Un bon marketing est, selon DRUCKER, la clef absolue
de la réussite, (IBM, TOYOTA ....) car il permet de connaître et
de comprendre si parfaitement le client que le produit se vend lui-même.
Ceci maîtrisé (R+D, Marketing, productivité) le profit n'est plus
une cause, mais un effet de l'excellence du management.
Enfin DRUCKER estime que l'entreprise est une institution faite
pour créer des changements (à la différence de l'église ou de l'armée
dont le but, au contraire, est de maintenir les choses en l'état)
et cela signifie satisfaire d'abord les gens de l'extérieur (les
clients) bien avant ceux de l'intérieur (les employés)

Octave Gélinier (1916
...)
Ancien Directeur Général de la CEGOS (Conseil en Organisation),
Octave Gélinier est un praticien de l'entreprise.
C'est l'un des pères fondateurs de la Direction Par Objectifs (DPO).
Pour lui la science des organisations doit reposer sur des principes
clairs, simples et concrètement applicables.
Pour lui, le point fondamental du management de l'entreprise est
la définition de sa politique générale à long terme. Il pense "qu'il
y a concordance entre croissance à long terme et profits à long
terme ". Pour une expansion à long terme l'entreprise doit
combattre un certain nombre de goulets d'étranglement tels que :
les marchés, les sources de financement et la capacité d'évolution
de l'équipe dirigeante face aux mutations technologiques, managériales
et au temps. Ce dernier point est pour lui fondamental.
Mais, cette politique n'a de valeur que si elle est accompagnée
par des objectifs quantitatifs et datés. (DPO). Ces objectifs permettent,
en effet :
. La délégation réelle de l'autorité
. La définition réelle des responsabilités.
. L'intégration des services.
. La définition de la structure adéquate.
. La supervision hiérarchique
. La motivation des hommes.
Ces objectifs définis, ils sont complétés par des programmes d'application
et des budgets.
Enfin, selon O.Gélinier, les conditions indispensables à la compétitivité
d'une entreprise sont :
. Le développement incessant de l'innovation.
. La présence d'une forte concurrence (ce qui permet l'imagination,
la motivation, et par-là, l'innovation).
. La finalité humaine directe : " aujourd'hui une entreprise
ne peut être en accord avec son environnement que si elle poursuit
explicitement des objectifs d'utilité sociale. " aussi bien
à l'extérieur de l'entreprise (adéquation des produits aux aspiration
des clients à prééminence de la demande), mais aussi à l'intérieur
(satisfaction et motivation des salariés)

LES THÉORIES DES SYSTÈMES
ET DE LA DÉCISION
La théorie des systèmes
L'analyse systémique est un courant de pensée qui s'est développé
depuis une trentaine d'année, bien que ses racines épistémologiques
soient fort anciennes (Léonard de Vinci, Paul Valéry et, plus proches,
Von Bertalanffy , Alexandre Bogdanov, Herbert Simon).
Cette théorie dépasse largement le cadre de l'entreprise puisqu'elle
a la prétention de s'appliquer à tout " système complexe et
organisé ". Elle s'oppose à la pensée scientifique traditionnelle
(Auguste CONTE), analytique, qui décompose les objets, même s'il
faut pour cela les " sortir " de leur milieu, en proposant
une vision globalisatrice : On examine l'objet ou le système immergé
dans son environnement en tenant compte de toutes les interactions
possibles de l'objet examiné avec son milieu.
L'axiomatique de l'analyse systémique pourrait être schématisée
comme suit
. Axiome de téléologie (du grec " télos " = fins, finalités
à c'est le discours sur les finalités), ce qui, dans le langage
systémique signifie que l'observateur cherche, en permanence et
avant toute action, à considérer les buts recherchés par l'organisation
et
l'évolution de ceux-ci au cours du temps.
Quelques citations illustrent bien cet axiome :
" Pour me représenter un arbre, je suis aussi obligé de considérer
le fond sur lequel il s'inscrit "
Léonard de Vinci
" L'organisation, la chose organisée, l'action d'organiser,
et le résultat sont inséparable "
Paul Valéry
Ce souci d'émettre des hypothèses plausibles sur les finalités poursuivies
par l'organisation est l'une des caractéristique forte de la pensée
systémique.
. Axiome de récursivité : Les choses sont à là fois opérateurs et
opérandes. Elles engendrent elles-mêmes leurs propres mutations.
Bivalence de l'objet observé qui est, à la fois, " être "
et " action ".Ainsi toute action prise comme conséquence
d'une situation observée, modifie les hypothèses qui ont conduit
à sa mise en uvre.
. Axiome d'irréversibilité : C'est le phénomène d'irréversibilité
du temps qui s'écoule, selon lequel tout système est aujourd'hui
différent d'hier et différent de demain : Tout modèle systémique
doit être à la fois cinématique (il se déplace dans le temps, et
donc il doit être indéfiniment valide) et dynamique (il se modifie
dans le temps) à En fonctionnant, je me transforme !
Cela a pour conséquence qu'il n'existe jamais de " modèle final
", il n'existe que des " finalités ".
L'un des puissants moteurs de ces transformations est " l'information
" qui est, soit engendrées par le système lui-même (c'est le
produit artificiel du fonctionnement de l'organisation), soit exogène
et " incorporée " immédiatement dans le système.
On se rend bien compte que cette vision polymorphe, globalisatrice,
est riche et féconde philosophiquement mais que son aspect opératoire
est, par contre, moins probant.
L'originalité de la pensée systémique n'est cependant pas à sous-estimer.
Cette remise en question permanente des axiomes et des buts que
l'organisation recherche est aujourd'hui singulièrement d'actualité
dans un monde industriel mouvant, où il n'existe, pour aucune entreprise,
de piliers stables sur lesquels fonder des stratégies immuables.
C'est dans cet esprit, qu'ont été développée un certain nombre de
techniques, telle la " logique floue " découverte en Californie
en 1965 par Lofti ZADEH. Par rapport à une logique conventionnelle
selon laquelle une proposition ne peut être que vraie ou fausse,
la logique floue accepte des degrés de vraisemblance. Ex : Un homme
de 1,80 mètres est-il grand ? OUI/NON à Réponse de la " logique
floue " : l'homme de 1,80 mètres appartient à l'ensemble flou
" très grand " avec une probabilité de 15 % , à l'ensemble
flou " grand " avec une probabilité de 75 % et à l'ensemble
flou " moyen " avec une probabilité de 10 %. Application
pratique : Cette logique a été appliquée au système de métro automatique
de la ville de SENDAÏ au Japon. Les japonais (dont le professeur
SUGENO) ont, d'ailleurs, plusieurs longueurs d'avance dans le domaine
de la logique floue.
Ainsi, en s'opposant aux combinaisons binaires 0-1, la logique floue
devrait permettre aux ordinateurs de demain de travailler "
dans toutes les nuances du gris " ainsi que le fait le cerveau
humain.

Les théories de la décision
La notion de " prise de décision " a, de tous temps,
fascinée les conseils en organisation : Quand, comment, de quelle
manière ...? Les économistes également se sont posés la question
de savoir si les choix exprimés démocratiquement (à la majorité)
étaient optimaux, ou, en d'autre termes, peut-on avoir seul raison
contre la multitude ? ARROW et, d'une façon différente, GALBRAITH,
montrerons que les choix collectifs ne sont pas optimums dans la
mesure (entre autre) ou les personnes du groupe de décident pas
en pleine connaissance de cause (contraintes d'accès aux informations)
et en fonction de critères qui ne sont pas, économiquement rationnels
(rationalité limitée).
C'est dans cet esprit que s'inscrivent les travaux de H. SIMON,
CYERT et MARCH
1- Herbert SIMON (1916 ....) . Prix Nobel d'Économie
en 1978.
Son ouvrage le plus célèbre est " administrative behavior
" (1947). Ainsi " l'homme administratif " de SIMON
se distingue de " l'homo oeconomicus ", car il ne maximise
pas, économiquement, son utilité, il ne connaît pas tous les paramètres
indispensables à la prise de position rationnelle, et il n'a pas
une fonction de préférence stable et durable. Le but de la théorie
dite " de la rationalité limité " est donc de mettre en
lumière les limites pratiques de la rationalité humaine et de s'efforcer
trouver les moyens (entraînement, formation, adhésion à de nouvelles
valeurs) de repousser ces limites.
Ainsi, le décideur navigue souvent dans le brouillard car :
· Les informations dont il dispose ne sont pas complètes.
· Ses capacités d'abstraction, de synthèse ou d'analyse sont limitées
· Il est influencé par des émotions et des événements extérieurs
(professionnels ou privés), étrangers à la décision qu'il doit prendre
rationnellement.
Ainsi SIMON oppose à la rationalité absolue, la rationalité "
procédurale " qui va consister à une succession de décisions
itératives, qui cherchent, en fonction des erreurs passées, à s'approcher
de la moins mauvaise solution possible.
2- Richard CYERT (1921 ...) et James MARCH (1928
...)
Disciples de SIMON ils se sont efforcés, au travers d'un célèbre
ouvrage : " A behavioral theory of the firm " (1963),
de donner un caractère opératoire aux idées de SIMON.
Ils décrivent toutes les organisations comme des processus dynamiques
et continus de prises de décisions. Ils remarquent que l'entreprise
est " un groupe de participants aux demandes disparates ",
bien que tous aient, " in fine " intérêt à la bonne marche
du système. Il existe donc des négociations entre coalitions qui
conduisent aux prises de décision. Donc les buts poursuivis ne sont
pas rationnels, mais représentent le meilleur compromis possible.
Ainsi, selon eux, la théorie du comportement de la firme peut être
résumée en 4 concepts fondamentaux :
1- La résolution des conflits : Une entreprise étant composée de
coalitions de membres ayant des buts différents, il est nécessaire
de mettre au point des procédures de résolution des conflits (rationalité
locale: chaque coalition résous ses propres problèmes, et traitement
séquentiel des problèmes : pas tout à la fois, il faut avancer pas
à pas)
2- L'élimination de l'incertitude : Une firme cherche à éliminer
progressivement les multitudes d'incertitudes qui l'entourent, mais
telles les têtes de l'hydre, elles renaissent sans cesse à Irrationalité
incontournable des choix à long terme.
3- La recherche de la problématique : Il est indispensable de rechercher
les vraies causes des problèmes posés dans l'entreprise sans utiliser
de masques (indulgence pour les " amis " et dénigrement
des " ennemis ") : Il faut voir les réalités en face.
4- L'apprentissage : Les entreprises changent leurs comportements
et la perception qu'elles ont des choses avec le temps, et ce qui
est vrai aujourd'hui ne sera peut-être pas vrai demain (vision systémique).

la théorie des jeux
Inventée par O.MORGENSTERN et J.VON NEUMAN en 1944 (" Theory
of games and economic behavior "), cette théorie mathématique
concerne les comportements de 2 ou N joueurs (compétiteurs, concurrents)
dont le but est d'optimiser le comportement social (donc le gain)
dans des situations conflictuelles (par exemple : Duels).
C'est donc un recensement des politiques possibles et des réactions
possibles de l'adversaire, avec une évaluation chiffrée (gain ou
perte) des conséquences possibles de chaque politique sur soi-même,
et une appréciation de voir l'adversaire de faire tel ou tel choix.
Le jeu peut être à somme nulle (ce que l'un gagne, l'autre le perd)
ou non nulle à dans ce cas la somme algébrique des gains peut être
négative (personne n'a intérêt à jouer - par exemple une entreprise
baisse ses prix pour conquérir des parts de marché, les autres compétiteurs
font de même pour ne pas les perdre. Conséquence : personne ne gagne
de parts de marché et tout le monde perd de la marge et des bénéfices.
C'est un jeu perdant-perdant) ou positive et, dans ce cas, tout
le monde a intérêt au jeu.
Les vertus applicatives de la théorie des jeux sont, toutefois,
limitées car la démonstration mathématique qui sous-tend la théorie
est indiscutable pour 2 joueurs, mais peu opératoire pour N joueurs
(équilibre de Nash), compte tenu d'hypothèses par trop irréalistes.
La philosophie sous-jacente est toutefois intéressante pour l'analyse
de certains comportements qui recherchent des équilibres dans des
jeux à somme positive (non nulle) : Cela peut conduire certaines
organisations antagonistes a accepter certaines règles de comportement
(compromis) afin de favoriser leurs intérêts communs. (Négociation
entre syndicats et patrons, par exemple)
Autre exemple :
2 constructeurs de voitures se demandent s'il faut changer l'esthétique
de leurs véhicules.
Les probabilités de gains ou de pertes sont les suivantes, étant
entendu que ce que l'un gagne c'est au détriment de l'autre et vice-versa
(jeu à somme nulle) :
|
|
Constructeur B
|
|
|
| COMPORTEMENT |
Ne modifie pas
|
modifie
|
|
|
|
Ne modifie pas
|
0
|
- 1 000 000 $
|
|
|
| Constructeur A |
|
|
|
|
|
modifie
|
+ 2 000 000 $
|
+ 500 000 $
|
|
|
Il est clair que quel que soit le choix de B, A a intérêt à modifier
son modèle (gain dans chaque hypothèse), et " idem " pour
B qui a lui aussi intérêt à modifier son modèle quel que soit le
choix de A (gain ou perte minorée). Un consensus est atteint. Le
jeu est en équilibre.

L'ÉCOLE SOCIO-TECHNIQUE
Frederick EMERY et Éric TRIST sont tous deux psychosociologues
qui furent parmi les principaux fondateurs du " Tavistock Institute
of Human Relations " à Londres.
Leurs travaux, ainsi que ceux diligentés dans le cadre de ce célèbre
Institut (Rice, Thorsrud, Klein ...) ont porté sur la structure
et le fonctionnement des organisations dans une perspective socio-technique
qui cherche à optimiser à la fois l'aspect technique et social du
travail.
Pour cette école, ces deux aspects sont totalement imbriqués : La
technologie définie et impose des contraintes de travail qui doivent
être traitées et organisées selon des règles sociales et psychologiques.
Ce système socio-technique est cependant mouvant car perméable aux
échanges avec l'environnement de l'entreprise.
Ainsi, selon EMERY, l'environnement du travail, pour être fécond
et satisfaire les équilibres psychologiques de ses membres doit
obligatoirement :
. Proposer des tâches suffisamment variées, ce qui permet d'accepter
une charge de travail
assez lourde.
. Faire connaître et comprendre la nature du travail qu'il effectue
. Favoriser l'apprentissage en travaillant (effet d'apprentissage)
. Autoriser un certain degré de liberté et d'initiatives dans l'accomplissement
des tâches.
. Reconnaître socialement le travailleur.
. Permettre à ce dernier de situer son travail par rapport à la
politique générale de l'entreprise.
. Faire sentir que son travail est socialement utile et qu'il sera,
pour lui, un vecteur pour un futur meilleur (financier, social,
pouvoir ...)

LE NEO-TAYLORISME
Tout le monde pensait que les années 70 allaient sonner le glas
du Taylorisme avec les grandes grèves de 68, puis du début des années
70, contre le travail à la chaîne et les cadences infernales. C'était
"la révolte des O.S.", avec la grève symbolique du "Joint
Français" à St Brieuc en 1972.
Or, 25 ans plus tard, le constat est le suivant : En France, 29,5
% des salariés déclarent leur travail répétitif, contre moins de
20 % en 1984. Paradoxalement, c'est dans les services que le néo-taylorisme
c'est le plus développé (+ 79 % en 10 ans !).
Quelles sont les raisons de ce spectaculaire retournement de situation
?
.Tout d'abord la pression des 3 millions de chômeurs est telle que
les salariés en poste n'ont plus le même pouvoir de négociation
face au patronat : "Si t'es pas content, il y en a dix qui
attendent devant la porte !"
. Par ailleurs, aucune alternative au travail répétitif qui soit
plus productive que lui n'a été trouvée ! Renoncer au taylorisme
c'est donc renoncer à être compétitif, d'autant que la pression
des pays à faibles coûts salariaux est de plus en plus forte.
. Les processus industriels, aujourd'hui largement informatisés,
permettent aujourd'hui de produire à la fois en petites séries personnalisées,
tout en gardant une production de masse standardisée. C'est aujourd'hui
l'ordinateur - et non plus le "petit chef" - qui impose
le rythme de travail. C'est grâce à l'outil informatique que le
néo-taylorisme se répand dans les activités de service (marchand
ou non-marchand). Les nouveaux logiciels dit de "groupware"
ou de "workflow" sont conçus pour structurer le travail
administratif d'un groupe de personne comme une somme de tâches
répétitives effectuées par les individus et regroupées en un ensemble
cohérent par la machine.
. L'avènement de l'ère de la qualité a grandement favorisé le développement
du néo-taylorisme. La recherche acharnée du "zéro défaut"
passe par l'application de principes tayloriens : il faut décortiquer
les processus en opérations élémentaires pour que les possibilités
de dysfonctionnement soient minimum. L'obtention des normes ISO
9000 ne peut se faire qu'à ce prix. Ce n'est donc plus le patron
qui impose le travail taylorien au nom de la rentabilité, mais au
contraire le marché (c'est à dire le client) qui l'impose au nom
de la qualité.
. L'illustration de ce phénomène se trouve particulièrement mise
en valeur avec la notion de flux tendu. Le flux tendu est un système
de production extrêmement fragile car il ne supporte aucun dysfonctionnement
(au risque de tout arrêter). Donc quand il y a flux tendu, la contrainte
du travail répétitif ne provient plus de la hiérarchie : c'est une
logique inscrite dans le flux. Ce transfert des contraintes vers
l'extérieur (fournisseurs ou clients) permet d'obtenir des salariés
des conditions de travail taylorienne sans revendications majeures
(quand le contremaître demande de faire passer la cadence de 25
à 30, c'est un tollé général, si c'est le client qui le demande,
on réalise 30 pièces sans discuter !).
Seul abandon de la philosophie taylorienne qui prône un salaire
élevé en contrepartie d'un travail abrutissant : les gains de productivité
profitent aujourd'hui largement au capital et très peu au travail.
Les salaires ont tendance à baisser en terme réel avec comme conséquence
un part croissante du salariat qui se trouve exclue de la consommation
de masse. Tel est l'obstacle majeur sur lequel le néo-taylorisme
va buter !

ENTREPRISES ET PSYCHOPATHOLOGIES
De nombreux ouvrages ont été consacrés aux comportements des consommateurs,
y compris dans leurs dimensions psychologiques, voire psychotiques.
Plus rares sont cependant les théories "psycho-économiques"
sur les comportements, quelquefois psychopathologiques que développent
certains entrepreneurs, et qui sont de nature, quelquefois, à mettre
en péril leur avenir et celui de leur entreprise. Un chercheur français
Alain BLOCH s'est efforcé de synthétiser les différentes approches
possibles de ces quasi-maladies du créateur.
Le père fondateur de la "psychologie économique" est
le français G. TARDE ("Écrits de psychologie sociale - 1903").
Depuis certains travaux abordent marginalement le sujet ("Analyse
psychologique du comportement économique" - G. KATONA -1951,
ainsi que "Le développement de la personne" C. ROGERS
- 1967) mais il faut rechercher outre-atlantique des publications
plus explicitement centrées sur le comportement pathologique de
l'entrepreneur ("Narcissism and leadership : An object relations
perspectives" M.F. KETS DE VRIES et D.MILLER, et encore "Comorbidity
of anxiety and depressive desorders" American psychiatric press
1990)
Pour résumer sommairement ces différents écrits, nous illustrerons,
au travers de quelques exemples, certains comportements, franchement
pathologiques, que subissent à des degrés divers, nombre de dirigeants.
Le principal facteur déclenchant de ces pathologies est le "saut"
professionnel que représente la création d'une entreprise. L'entrepreneur
est souvent mal préparé à un tel changement et il développe ainsi
des comportements à risques engendrés par la solitude, le manque
de temps et l'implication totale nécessaire à sa réussite professionnelle.
Seul dans sa tête et seul à décider, le créateur se retrouve très
vite confronté à la solitude. Et même si l'équipe constituée est
compétente et dévouée il en est, "in fine", l'ultime recours.
Véritable homme-orchestre, l'entrepreneur est vite débordé. Sa totale
disponibilité se fait inéluctablement au détriment de ses cercles
d'amis et de sa famille. Autant d'éléments modérateurs qui, peu
à peu disparaissent. Alors surgit le stress. Ce contexte anxiogène
peut faire apparaître l'avenir comme particulièrement noir. "Je
n'ai pas les capacités à faire face ...".
Ce stress est le plus souvent exacerbé par l'obligation que l'entrepreneur
a de réussir. Bien souvent il a risqué la totalité de son patrimoine
dans l'aventure. De plus, en Europe, il est socialement inacceptable
d'échouer ("A contrario", un échec, aux États-Unis, peut
être considéré comme une expérience pleine d'enseignements pour
une nouvelle tentative)
Ce contexte, particulièrement défavorable, peut mener à trois pathologies,
particulièrement répandues chez l'entrepreneur :
La mégalomanie. Ivresse de la réussite, ce dérapage comportemental
peut avoir des conséquences graves pour l'entreprise. En effet l'entrepreneur
perd, petit à petit sa capacité à juger objectivement les situations.
Tel un homme ivre, il pense que rien ne peut lui arriver, qu'il
est invincible et, par-là, qu'il a toujours raison.
L'exaltation et la myopie. Emporté par les multiples taches qui
l'entoure et l'exaltation des premiers succès, le créateur voit
souvent sa capacité intellectuelle limitée aux solutions de taches
quotidiennes. Il perd alors sa capacité de voir clairement les choses
avec une certaine hauteur. Erreurs d'anticipations, irrationalité
des décisions sont alors des écueils extrêmement fréquents.
Enfin la dépression touche une plus grande proportion de chefs d'entreprise
que de salariés. Engendrés par un sentiment d'impuissance face à
des événements que l'on ne maîtrise plus, les facteurs anxiogènes
prennent le dessus et de telles crises peuvent se manifester par
un désintérêt de plus en plus grand pour l'entreprise. On imagine
sans mal les conséquences funestes de telles pathologies.

LA PENSÉE " JAPONAISE "
Sous ce vocable impropre et réducteur, voici hétéroclitement rassemblées
quelques idées, liées à l'organisation des processus de production
et / ou au management des hommes au travail qui ont été développées
par l'industrie japonaise.
Paradoxalement les deux premiers auteurs japonais significatifs
sont .... américains. Il s'agit de Joseph JURAN et d'Edward DEMING
qui sont les inventeurs du concept de " qualité totale ".
Ne trouvant que peu d'écho dans leur propre pays, encore empreint
de l'esprit de TAYLOR dans l'immédiat après-guerre, c'est au Japon
que ces deux consultants développèrent ces concepts " qualité
".
Leur principale contribution à la philosophie de la qualité est
d'avoir défini une méthodologie permettant de déterminer les coûts
évitables et inévitables induisant la qualité, construisant par-là,
un outil d'évaluation financière de la qualité.
JURAN montre la façon dont la " philosophie qualité "
affecte les différents niveaux d'activité de l'entreprise et souligne
l'importance de la " trilogie de la qualité " que sont
: planification, contrôles et améliorations techniques permanentes.
S'inspirant en partie de ces enseignements, Shigéo SHINGO sera à
l'origine de plusieurs concepts de management japonais dont le retentissement
dans le monde occidental fut considérable. Parmi ces techniques
nous en retiendrons trois :
. Le système Poka-Yoke : zéro défaut, zéro contrôle. Il préconise
en effet la mise en place de systèmes de contrôle " en continu
" à l'issu de chaque étape du processus de production. Ceci
permet de réduire considérablement les coûts engendrés par les produits
finis défectueux, et engendre une production tellement fiable qu'elle
rend (théoriquement) inutile tout contrôle final du produit fini.
. La flexibilité. SHINGO pense que l'avenir va vers des systèmes
productifs extrêmement flexibles, capable de s'adapter aux changements
de goût, à de nouvelles technologiesetc ...
Il définit l'organisation occidentale des systèmes productifs de
la façon suivante :
- Grandes séries
- Stocks importants
- Temps d'adaptation des fabrications à une nouvelle technologie
très long.
- Méthodes de contrôle tolérant les pannes et les défauts
- Recherchant toujours l'augmentation des cadences
Selon lui, les raisons de la plus grande compétitivité des entreprises
japonaises sont les suivantes :
- Petits lots, et même pièce par pièce
- Pas ou très peu de stock.
- Contrôle à la source des défauts et des pannes.
- Privilégie la productivité de l'homme au travail par le dialogue
et la responsabilisation. (par exemple au travers des " cercles
de qualité ")
- Organisation évolutive des processus permettant une intégration
" en continu " de nouvelles technologies.
. Le système SMED (single minute exchange of die = changement d'outillage
en moins de 10 minutes).
L'une des obsessions de SHINGO était la panne. Il ne pouvait accepter
qu'une panne bloque l'ensemble du processus de fabrication. Il va
donc mettre au point un certain nombre de procédés techniques qui
vont permettre de réduire, en toutes circonstances, les temps de
réparation, passant de plusieurs heures à quelques minutes.
On doit à Taïchi OHNO la mise au point, chez TOYOTA, de la fameuse
technique du " just in time " qui permet de réduire considérablement
les stocks. Ou, plus exactement, de déplacer le problème des stocks
vers ses fournisseurs. Cette philosophie du JIT (ou JAT en français)
ne se résume pas aux problèmes de stocks. En effet, les autres préceptes
sont les suivants :
. Produire ce que la clientèle souhaite, lorsqu'elle le souhaite
. Rechercher la souplesse maximale et apprendre à produire de petites
quantités
. Éviter les attentes ou les temps morts
. Apporter directement les pièces ou les produits nécessaires à
l'endroit où ils sont nécessaires.
. Maîtriser totalement la qualité
. N'acheter que des produits fabriqués selon les principes de la
qualité totale.
. Disposer d'un personnel polyvalent, informé et solidaire des objectifs
de l'entreprise.
Un mot, enfin du théoricien japonais Kenichi OHMAE (ancien directeur
du bureau Mac Kinsey de Tokyo) qui analyse la pensée stratégique
japonaise et la distingue de celle pratiquée en Occident dans de
nombreux domaines.
Le premier point, selon lui, est que les entreprises japonaises
planifient pour réaliser les profits à long terme, alors que celles
de l'Ouest sont obnubilées par la recherche de bénéfices immédiats.
Ceci explique, selon OHMAE, l'avance prise dans le domaine de la
" High Tech " qui demande des années de recherches fondamentales
non rentables immédiatement.
Un autre point semble fondamental pour lui. Il estime que les "
managers " des firmes occidentales sont enfermés dans des raisonnements
purement rationnels, ce qui limite considérablement l'imagination.
Il prône le développement de la perspicacité créative qu'il définit
comme étant " la capacité de combiner de synthétiser, de remanier
des phénomènes sans liens au départ, de telle sorte que l'on obtienne
plus de l'ensemble résultant que ce qu'on y a introduit ".
Ainsi pour OHMAE " dans ce que j'appelle l'esprit du stratège,
la perspicacité et l'énergie constitutive nécessaire à son application
- énergie qui se manifeste souvent par un sens de la mission - alimentent
un processus de pensée fondamentalement créatif et intuitif plutôt
que rationnel ".

LES ORGANISATIONS CAPITALISTES
ASIATIQUES(G.REDDING)
Cet état d'esprit se retrouve assez largement dans différents modèles
d'entreprises asiatiques. Ainsi Gordon REDDING (professeur de management
à l'université de Hongkong) montre que des types d'entreprises aussi
différentes que sont les communautés chinoises d'Asie, les "Cheabol"
coréens ou les grands réseaux complexes japonais connus sous le
nom de "Kaisha" ou "Keiretsu", offrent souvent
une redoutable efficacité alors que leurs types de fonctionnement
sont assez différents :
Ainsi parmi les spécificités des "kaisha" japonaises
certaines d'entre elles paraissent particulièrement originales :
L'actionnariat de ces réseaux congloméraux est constitué principalement
de participations croisées entre différentes filiales ainsi que
de participations bancaires. Dans la mesure ou des banques très
puissantes font, elles-mêmes, parties de ces groupes gigantesques
(par exemple, la banque Sumitomo, contrôle indirectement le groupe
du même nom), la propriété du capital est extrêmement contrôlée
(salariés, filiales, banques...) et donc parfaitement stable. De
fait ceci permet d'avoir une vision a très long terme sans se soucier
le la rentabilité immédiate, qui devient véritablement une obsession
en occident.
De plus, l'une des raisons d'être de ces grands "zaïbatsu"
est l'emploi. On a beaucoup écrit sur "l'emploi à vie"
qui était octroyé aux salariés de ces grands groupes. Certains voient
dans cette philosophie le germe de la moindre compétitivité de l'économie
nippone. Il n'en est rien, bien au contraire !
En effet, en contrepartie de cette sécurité, les salariés de ces
entreprises ont une véritable dévotion pour leur société et une
totale disponibilité. Les techniques du "zéro mépris"
(tout travail même très humble est perçu comme honorable. Seul l'absence
de travail est méprisable) permettent une motivation et une malléabilité
maximale.
De plus cette permanence des salariés permet des investissements
massifs en formation et cela jusqu'au niveau de cadre moyen (35-40
ans), ce qui accroît sensiblement l'efficacité des salariés nippons.
La structure des "Chaebols" coréens, si elle est également
conglomérale, n'en est pas moins différente.
L'entreprise coréenne est une énorme organisation familiale dirigée
de façon militaire. Ces grands conglomérats dépendent traditionnellement
des pouvoirs publics pour se procurer des capitaux.
Ils doivent donc infléchir leurs stratégies en fonction des injonctions
gouvernementales (axes stratégiques forts sur les industries lourdes
: acier, chantiers navals ...)
Ces grandes unités verticales (par lignes de produits) plongent
profondément dans le secteur des petites entreprises via la sous-traitance,
de plus en plus utilisé en raison du décalage accru entre les salaires
et conditions de travail des Chaebols et ceux en vigueur dans les
P.M.E. coréennes.
Moins connues et plus fascinantes sont les réseaux redoutablement
efficaces des petites entreprises chinoises basées en Asie. La diaspora
chinoise d'Asie est forte de plus de 50 millions de personnes et
de dizaines de milliers de petites entreprises familiales qui travaillent
en réseaux. Le ciment de l'efficacité de ces réseaux se résume d'un
mot : La confiance. Incapables individuellement de faire faces aux
exigences des grands flux commerciaux, elles ont collectivement
raflé des pans entiers de marchés tels que les appareils photos
bon-marchés, les sous-vêtements, les jeux, les sèche-cheveux, le
textile etc ... Très souples, et très solidaires elles peuvent honorer
en quelques jours des commandes de plusieurs milliers d'unités qu'individuellement
elles sont incapables d'honorer.
Cette complémentarité et cette solidarité se retrouvent également
au niveau des capitaux - considérables - que ces réseaux sont capables
de mobiliser rapidement. Pour les chinois les notions de danger
et d'opportunité sont liées et ils font ainsi preuve d'un extraordinaire
dynamisme dans certains secteurs. Bien sur, ces activités s'inscrivent
largement dans la sous-traitance internationale (ils laissent à
d'autres le soin de résoudre les problèmes de la marque et de la
distribution), mais de récents succès (poupées GI JOE) donnent à
penser que le marketing est une notion que commencent à maîtriser
ces réseaux chinois.
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